Actualités

Des réflexes simples pour favoriser la biodiversité sur son exploitation

Dans le cadre de ses actions en faveur d’une agriculture durable, le GDCIVAM36, associé à Indre Nature et Blandine Grillon, botaniste indépendante, a organisé un après-midi d’échanges autour de la biodiversité agricole, le mardi 27 janvier 2015 à Vouillon (36).

Cet évènement a rassemblé Biodiv-rencontre27jan15-webune dizaine d’agriculteurs, des représentants des collectivités et de la Région, ainsi qu’une classe de 15 étudiants en 2e année de BTS agricole.

Le prétexte de cette rencontre était la restitution du diagnostic biodiversité réalisé par Indre Nature sur l’exploitation de JP Fonbaustier, céréalier à Vouillon, impliqué notamment dans le réseau Dephy Ecophyto.

La démarche du diagnostic, basée sur l’échange entre l’expert naturaliste et l’agriculteur, doit permettre à l’exploitant de s’approprier les milieux et espèces présents sur son exploitation afin de mettre en place des actions visant à améliorer la biodiversité, la qualité des eaux et le fonctionnement agronomique de son système. A la fin du diagnostic, une restitution est faite à l’agriculteur.Biodiv-parcelle-27jan15-web
C’est cette restitution, individuelle à la base, que le GDCIVAM36 et Indre Nature ont souhaité ouvrir au public, afin de créer un temps d’échanges et de réflexions autour de la biodiversité en milieu agricole. Cet après-midi suit pleinement les actions entamées en 2014 par les 2 associations et Blandine Grillon : sensibilisation, formations aux agriculteurs, montage de projet…

 

 Pourquoi ces actions et cette thématique de la biodiversité ?

Parce que la Biodiversité est à la base du bon fonctionnement des écosystèmes, naturels et cultivés: la biodiversité pollinisatrice assure la production des plantes cultivées, la biodiversité du sol a un rôle fondamental pour le maintien de la fertilité du sol et les échanges d’air et d’eau, la biodiversité dite « auxiliaire », telle que carabes, syrphes ou coccinelles, se nourrit de ravageurs de cultures (limaces, pucerons…), la diversité de variétés au sein d’une même culture sécurise la culture elle-même en cas de maladies ou de climat difficile…
Agriculture et biodiversité sont étroitement liées.  La disparition de cette diversité (c’est la tendance actuelle) aurait donc de conséquences fâcheuses pour la production agricole (mais pas que !).

Biodiv27jan15-webComment donc favoriser la biodiversité au sein des exploitations agricoles ?

>> De façon directe en limitant au maximum l’utilisation des phytosanitaires, néfastes pour la biodiversité (carabes, vers de terre, champignons du sol…), tout comme une fertilisation trop poussée ;

>> De façon indirecte en jouant sur les zones réservoirs de l’exploitation pouvant accueillir et nourrir cette biodiversité.

En effet, toute cette faune est étroitement liée au milieu dans lequel elle se trouve : les chaînes alimentaires prennent toutes naissance du monde végétal, ressource de nectars, de graines, de fruits, de matière organique… qui vont ensuite alimenter tout un tas d’organismes jouant sur le cycle des matières, sur le contrôle des ravageurs, etc.
C’est pour cette raison qu’il faut, dans la mesure du possible, maintenir voire développer les surfaces réservoirs.

D’autant plus dans un contexte où la société est de plus en plus sensible à cette question, et où la règlementation prend de plus en plus en compte cette notion : le verdissement de la nouvelle PAC 2015-2020 et l’obligation d’avoir 5% de Surfaces d’Intérêts Ecologiques (7% en 2019) pour obtenir les aides vertes en sont la preuve.

Mais il ne s’agit pas de proposer des aménagements qui mettent en difficulté les agriculteurs ; comme le souligne JP Fonbaustier : « il ne faut pas forcer la nature, mais il ne faut pas forcer la nature du paysan non plus ! ».

Quelques réflexes simples pour favoriser la biodiversité sur sa ferme

Marie-Hélène Froger, d’Indre Nature, et Blandine Grillon ont ainsi expliqué quelques réflexes simples à avoir pour favoriser la biodiversité sur sa ferme :

  • Laisser des bandes extensives non traitées par exemple en bord de parcelles,
  • Ne jamais laisser un sol nu qui fait place nette aux adventices : favoriser les couverts,
  • Une fauche tardive des bandes enherbées qui sont, en été, les seules zones non fauchées encore fleuries, permettant d’accueillir et de nourrir de nombreux organismes,
  • Une fauche différenciée des bandes enherbées : fauche en bord de champ – sans faucher toute la largeur de la bande, ou fauche tardive de la moitié d’un talus,
  • Une taille des haies après les 1ères gelées quand les insectes sont inactifs,
  • Un entretien différencié des haies : taille d’un côté une année, puis de l’autre côté l’année suivante (ce qui permet la floraison par exemple de l’aubépine ou du prunelier, qui fleurissent sur du bois de 2 ans).

Biodiv-bande-enherbée27jan15-web

Une fois ces réflexes simples pris sur l’existant, il est possible d’aller plus loin en implantant des éléments refuges pour la biodiversité : haie, bande enherbée, arbre isolé…
Il faut alors bien raisonner le choix de l’emplacement afin de favoriser au mieux la recolonisation naturelle de la zone (donc choisir au départ une zone où il y a de plus de diversité possible). Penser également à relier les éléments entre eux afin de créer les fameux « corridors écologiques ». L’implantation d’une bande enherbée peut aussi être l’occasion de « casser » une trop grande parcelle, où la biodiversité aura du mal à pénétrer.
Préférer la diversité et les mélanges plutôt que les semis monospécifiques (éviter la fétuque !), laisser la place à la végétation spontanée, utiliser les essences locales pour les haies et les arbres… Autant de réflexions à avoir avant de mettre en place ces éléments.

Des groupes de travail et des formations à venir

Si vous souhaitez en savoir plus et si vous souhaitez implanter des éléments paysagers sur votre exploitation, n’hésitez pas à prendre contact avec le GDCIVAM36. Une aide financière serait possible sur l’achat de semences et un suivi naturaliste pourrait vous être proposé dans le cadre d’un projet financé par la Région.
En 2015, des formations sur l’observation de la biodiversité seront proposées par le GDCIVAM, ainsi que des actions de sensibilisation sur l’agroforesterie. Des groupes d’échanges entre agriculteurs se réuniront également sur la réduction d’intrants et de phytosanitaires et sur la biodiversité.
D’autres actions menées par le Civam de Valençay et l’Adar Civam de la Châtre sont aussi prévues, notamment sur les haies et le bois énergie.
N’hésitez pas à vous joindre à nous !

Et comme l’ont souligné les agriculteurs de cette journée : favoriser la biodiversité en réfléchissant ses pratiques et ses zones réservoirs : « on n’a pas encore les preuves scientifiques qu’on y gagne (économiquement parlant) ; en tout cas, on n’y perd rien ! ».