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70 participants étaient présents jeudi soir dernier au Lycée agricole de Châteauroux pour la projection débat organisée par le GDCIVAM36 autour de l’agroforesterie.
Cette soirée était organisée dans le cadre du festival Alimenterre 2015 et du projet pour la biodiversité agricole porté par le GDCIVAM.

Le film « Agroforesterie produire autrement », réalisé par AGROOF en 2008, a été projeté à un public d’agriculteurs, d’élèves-étudiants, de « citoyens » curieux et d’enseignants agricoles. La Région, qui finance en partie les actions du GDCIVAM en faveur de la Biodiversité, était représentée par M. Delavergne qui a introduit la soirée avec François Moreau (président FRCIVAM Centre). Ces derniers ont insisté sur la nécessité de promouvoir et développer des systèmes de production alternatifs, plus respectueux de l’environnement, favorisant la biodiversité et plus en lien avec l’homme et la société.
IMG 0464Suite à la projection, les participants ont échangé pendant plus d’une heure avec Yves Bachevillier, conseiller en agroforesterie et coordinateur national du Réseau Mixte Technologique Agroforesterie .

L’agroforesterie, qu’est-ce que c’est ?
Beaucoup de passants interrogés dans le début du film ne savent pas répondre à cette question. Certains connaissent cette pratique, qui consiste à associer arbres et cultures ou animaux sur une même parcelle agricole, en bordure ou en plein champ, mais rejettent complètement ce principe.
L’agroforesterie est pourtant vieille de plusieurs siècles (prés-vergers, noyeraies, truffiers et lavande...). Sa logique peut choquer, ce qui est compréhensible après une longue période où l’on devait plutôt enlever l’arbre de la parcelle, arracher les haies, spécialiser les cultures.
On parle d’agroforesterie mais on devrait plutôt parler d’agroforesterieS : en effet, cette pratique ne se réduit pas aux systèmes associant cultures ou pâtures et arbres en plein champ (agroforesterie intraparcellaire). Les systèmes intégrant des éléments arborés productifs en bordure de champ, comme les systèmes bocagers, sont également des systèmes agroforestiers à part entière.

L’agroforesterie, pourquoi ?
L’agroforesterie (les pratiques agroforestières donc) a de nombreux avantages, développés dans le film et lors des échanges avec Yves Bachevillier.
En système d’élevage, cette association d’arbres et de pâtures (bovin, ovin, volaille...) est très bénéfique pour les animaux : protection contre le vent, le soleil, la pluie...
En système de grandes cultures, 100 ha de production en système agroforestier correspondraient à 130 ha d’un système qui aurait des cultures pures d’un côté, des arbres d’un autre côté.
La culture aide l’arbre et l’arbre aide la culture : les racines des arbres vont puiser en profondeur les éléments nutritifs pour les restituer plus tard aux cultures (via les litières aérienne et racinaire : petites racines qui se dégradent dans le sol chaque année). L’arbre abrite une panoplie d’auxiliaires, ennemis naturels des ravageurs des cultures ; certains agriculteurs témoignent dans le film de la moindre pression en ravageurs pour des cultures qui se trouvent à côté des arbres par rapport à des cultures isolées. On observe aussi en système agroforestrier moins d’évapotranspiration de la culture qu’en culture pure (et donc moins d’échaudages).
Et pour l’arbre ? Les essais menés montrent que la qualité du bois en système agroforestier est améliorée par rapport à un système forestier pur (plus de potentiel de bois de cœur). Les arbres bénéficient en effet de plus de lumière, ils captent la fertilisation apportée à la culture en développant ses racines profondes sous l’horizon occupé par les racines de la culture. Les pertes de nitrates dans les eaux et la pollution des milieux s’en trouvent donc limitées.
L’agroforesterie présente en effet beaucoup « d’externalités positives », comme la réduction de pollution, d’érosion... qui sont pour le moment non rémunérées (mais qu’en dira l’avenir ?). D’après Yves Bachevillier, 8 agriculteurs sur 10 se lançant dans l’agroforesterie n’ont pas pour motivation première le gain économique. Ils souhaitent retrouver un cadre de travail et un environnement agréables, favoriser la « mixité » et le retour de la biodiversité sur leurs parcelles, retrouver un équilibre de leurs systèmes plus naturel (en opposition aux systèmes artificialisés qui « ne tiennent » qu’avec l’utilisation d’engrais chimiques et de produits phytosanitaires), augmenter le taux de matière organique des sols (après 30 ans, le taux de matière organique du sol d’un système agroforestier chez un exploitant de Charente-Maritime a augmenté de 2 points).
Autre avantage de l’agroforesterie : elle représente un outil pour la séquestration de carbone en agriculture. Les arbres agroforestiers poussent plus vite et produisent plus de biomasse : ce sont des arbres de pleine lumière qui bénéficient d’un environnement qu’il leur est favorable (fertilisation de la culture, faible concurrence entre eux, travail du sol). A âge égal, ils produisent ainsi 3 fois plus de biomasse par arbre.

L’agroforesterie, c’est rentable ?
L’agroforesterie est rentable. Si l’on étudie et construit bien son projet (objectifs de plantation, essences...) et si l’on accepte de penser sur le long terme. En effet, la rentabilité d’un système agroforestier est supérieure à un système en cultures pures en considérant la plus-value des arbres et donc en considérant la rentabilité sur un pas de temps plus long qu’une année, unité temporelle usuelle pour les agriculteurs.
Pour définir la viabilité économique de son projet, il faut définir le ratio entre ce que vont rapporter les arbres (dans 15-20-50 ans) et ce qui est perdu en culture (dans l’immédiat). En effet, il existe une perte de production : de part les rangées d’arbres qui ne sont pas semées (4 à 10% de la surface pour une parcelle avec 100 arbres / ha), et de part la perte de rendement de la culture sur le dernier tiers de la vie des arbres.
Mais il existe des aides financières : à moins de 100 arbres par hectare, la parcelle plantée reste une parcelle agricole classique avec les primes PAC qui vont avec. Les collectivités et les Agences de l’eau peuvent proposer des aides pour favoriser ce type de systèmes, qui sont, on l’a vu plus haut, des « filtres naturels » des éléments apportés sur la parcelle.
Pourquoi ne pas envisager également des mécénats carbone pour aider à la plantation ? Autre piste de financement à développer.

Un patrimoine
« Planter des noyers pour les récolter dans 70 ans, ou des merisier dans 50 ans, c’est comme avoir une « banque » sur son exploitation, qui demande un petit sacrifice à court terme » explique Yves Bachevillier. C’est une stratégie patrimoniale en plus d’une stratégie agricole. Certains agriculteurs plantent pour leurs enfants ou petits-enfants ; ils leur laissent ainsi un patrimoine arboré, dont le bois ne diminuera certainement pas de valeur dans les prochaines années.

Alors, à quand l’agroforesterie dans l’Indre ?!

[1] AGROOF : société coopérative et participative spécialisée en AGROFORESTERIE ; http://www.agroof.net/

[2] RMT Agroforesterie : http://rmt.agroforesterie.fr/

[3]http://www.agroforesterie.fr/documents/Agroforesterie-Outil-de-Sequestration-du-Carbone-en-Agriculture.pdf ; http://www.agroforesterie.fr/CASDAR/20062008/rapports0608/R62.pdf

Pour plus d’infos pour les prochaines formations ou évènements sur l’agroforesterie :

FR CIVAM Centre

Maison de l'Agriculture, 24 rue des Ingrains
36022 CHATEAUROUX cedex

Tél. 02 54 61 62 58
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www.civam.org